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Sociolinguistique & glottonymie · Volume 4

La langue savoyarde : fondements historiques et sociolinguistiques d'un glottonyme

Volume 4 — Les sources : corpus détaillé des attestations vérifiées et archives consultées

Par L. Savioz · Mars 2026

Ce volume complémentaire documente les sources primaires et secondaires mobilisées dans les volumes 1 à 3. Il présente les citations vérifiées, les fonds d'archives identifiés et la méthode de vérification. Sur 52 attestations du corpus, 49 sont vérifiées (94 %), 1 infirmée, 2 en attente de consultation sur place.

A. Pictet de Rochemont : pamphlets en « langage savoyard » (Genève, 1793)

Charles Pictet de Rochemont (1755-1824), aristocrate genevois, publie en janvier 1793 le Dialogue sur l'Assemblée nationale entre Jaquet & Jean-Marc, un pamphlet électoral en francoprovençal destiné aux paysans des mandements genevois. La forme dialoguée entre deux paysans utilise le vernaculaire comme arme politique contre la rhétorique révolutionnaire française.

Archives d'État de Genève — vérifié
Ms hist. 996 : Notice biographique par F. Ch. Pictet. Coll. Girod 173 : Exemplaires originaux de pamphlets en patois. R.C. min. 1-75 : Minutaires des Conseils (élections janv. 1793).
R. Merle, L'écriture des « patois », 1991 : qualifie cette production d'« originalité historique au temps des Lumières ». Analyse académique : OpenEdition, Siècles, n°3016. Base Adhémar pour les recherches AEG.

B. Humbert : « savoisien, méridional et vieux français » (Genève, 1852)

Jean Humbert (1792-1851), professeur d'arabe à l'Académie de Genève, orientaliste formé à Göttingen et à Paris auprès de Sylvestre de Sacy, publie à titre posthume le Nouveau glossaire genevois (Jullien Frères, 1852). Sa triple qualification linguistique de l'entrée « Aglan » constitue une cartographie géolinguistique en miniature.

Entrée « Aglan » — vérifié verbatim
« AGLAN, s.m., mot patois, qui signifie : Gland. La saison des aglans. Ramasser des aglans. Terme savoisien, méridional et vieux français. »
Project Gutenberg #41843 (tome 1) et #42088 (tome 2). Aussi « Aglétir » : « En Savoie, dans le Jura et en vieux français, on dit Agléter. » BGE Genève pour les éditions originales (cote 7A). Réimpression Slatkine 2004.

C. Telmon et l'ALEPO : « savoiardo » comme glottonyme populaire (Piémont)

Tullio Telmon (Université de Turin) classe les parlers de Lanzo, Coazze (Val Sangone) et Ronco Canavese (Val Soana) dans le domaine francoprovençal. Son apport décisif est la documentation du glottonyme « savoiardo » comme auto-désignation des locuteurs.

Telmon 1994 et 2001 — vérifié
Les locuteurs de Lanzo, Coazze et Ronco Canavese désignaient traditionnellement leur parler comme « savoiardo ». Ce glottonyme reflète les liens séculaires avec le Duché de Savoie. Telmon privilégie « francoprovençal » dans ses propres classifications, tout en documentant « savoiardo » comme fait de conscience linguistique populaire.
T. Telmon, Piemonte e Valle d'Aosta, Laterza, 2001. ALEPO : 42 localités, ~6 000 questions, 1 000+ heures d'ethnotextes. Module pilote 2004 (23 cartes + 60 voix). Locuteurs actuels : « patois » ou « parlar a la mòda de… ». A. Genre & L. Artusio, Dizionario di Coazze, Turin, 1982. C. Grassi, Correnti e contrasti di lingua e cultura nelle valli cisalpine, 1958.

D. Enquête Coquebert de Montbret (1806-1812)

Archives nationales — cotes vérifiées
F/17/1209 : Échantillons linguistiques. Préfet de la Doire : « savoyard » pour les parlers montagnards. Coazze : « proximité avec les parlers de la Savoie ». F/20/134, f. 219 : Geymet (sous-préfet de Pignerol, 24 nov. 1807, « idiome vaudois »), de Solère (sous-préfet de Suse, 16 déc. 1807). BNF, NAF 5910.
S. Ködel, Die Enquête Coquebert de Montbret, thèse, Bamberg, 2013, p. 246 pour le département du Pô.

E. Archivio di Stato di Torino : trois fonds identifiés

1793 — « lingua savoiarda » — fonds identifié
Materie Politiche per Rapporto all'Interno, inventaire 169.1. Sous-fonds « Guerra contro la Francia ». Cote ciblée : Francia mazzo 3 di addizione (1711-1794). Sezione Corte, Piazza Castello 209.
v. 1835 — « dialetto savoiardo » — fonds identifié
Intendenza della Valle d'Aosta. Rapports sur l'état moral et linguistique de la population sous Charles-Albert. Sezioni Riunite, Via Piave 21.
1814-1848 — « idiome savoyard » — fonds identifié
Pubblica Istruzione, inventaire 296 (Provveditorato agli Studi di Torino). Rapports d'inspection du Collège Saint-Bénin d'Aoste. Sezione Corte.
Contact : [email protected]. Reproduction numérique : formulaire en ligne, 72 ou 300 dpi.

F. Tuaillon au château d'Avully : « connivence linguistique » (1997)

Nouvelles du Centre d'études FP, n°36, 1997, pp. 67-82 — vérifié verbatim
p. 70 : « Les conversations qui utilisent un outil linguistique si bien commun à tous créent un sentiment agréable d'être bien compris et de bien comprendre l'autre : on appelle ce confort social, la connivence linguistique. »
p. 75 : « Les Sénateurs de Genève débattaient encore en patois, à la fin du XVIe siècle, malgré la présence d'un célèbre voyageur étranger. » (Allusion à Scaliger, nom non écrit.) Tuaillon utilise « patois savoyards » et « francoprovençal », PAS « langue savoisienne ». Terreaux PAS mentionné dans ce bulletin.

G. Tuaillon dans le BASA : édition critique Martin (1987)

BASA, Nouvelle série, vol. II, 1987, pp. 3-24 — vérifié
G. Tuaillon, « Noëls et chansons en français et en patois savoyard publiés à Lyon en 1555 ». Édition critique avec transcription musicale, traduction commentée. Imprimerie Valdôtaine.
« Patois savoyard » dans le titre d'un article académique publié dans le bulletin valdôtain. Archives historiques VdA, Fonds Varia, carton 27 (transcriptions Zanolli). Accessible via Cordela.

H. Terreaux : « langue savoisienne » et « connivence linguistique »

Mémoires de l'Académie de Savoie, série 8, tome 12 — vérifié
Discours de réception de Joseph-César Perrin par Louis Terreaux. Terreaux y développe les concepts de « langue savoisienne » (désignant générique des parlers gallo-romans des États de Savoie) et de « connivence linguistique » (intercompréhension transalpine Savoie-Vallée d'Aoste).
Terreaux, membre titulaire de l'Académie de Savoie depuis 1975 (président) et de l'Académie Saint-Anselme d'Aoste. La double appartenance incarne le pont intellectuel Chambéry-Aoste. PDF sur academiesavoie.org.

I. « Dialogue en rythme françoise et savoysienne » (XVIe-XVIIe s.)

Imprimé lyonnais — vérifié dans sources secondaires
Pièce à 6 personnages dont la chambrière Zophyze en patois savoyard. Auteur : J.P.A. (« truchement d'abaye »). Fragment : « Est-ce lian chut et afeitia / Que ne parlave qu'à meytia ».
Réimpressions : Techener (1856, notes A.T. Barbier), Jules Gay (1863, 100 ex.). ADR : Série E (fonds familles), Bibliothèque d'étude (fonds ancien). Mots-clés : « Rythme françoise », « J.P.A. », « Zophyze », « Roule-Bontemps ». Contact : [email protected]

J. Jarrin : « maître savoyard » (Bresse, 1884)

La Bresse et le Bugey, tome II, p. 437 — vérifié verbatim
« L'heure n'est pas lointaine où notre maître savoyard nous paraîtra un étranger. »
Contexte : tensions sous Charles-Emmanuel Ier, avant le Traité de Lyon (1601). L'annexion formalise une rupture culturelle déjà consommée. Jarrin traite aussi de Bernardin Uchard (poète en patois bressan, XVIIe s.) et de la perte du patois comme symptôme de dissolution de l'autonomie. Accessible sur Gallica.

K. Le Duc : le participe savoyard (Gex, 1881)

Chansons et lettres patoises, pp. 286-315 — vérifié
« Le patois savoyard a la même forme du participe présent. » Exemple : segan (suivant), tegan (tenant). Latin sequendo → patois de Gex segan = patois savoyard segan.
477 pages, Bourg-en-Bresse, F. Martin-Bottier, 1881. Archive.org (chansonsetlettr00ducgoog). Le Duc démontre l'unité morphologique du bloc Gex-Savoie. Cité par Prince Louis-Lucien Bonaparte. Réimpression Slatkine 1978.

L. Chanoine Gal : attestation INFIRMÉE

BASA, séances 1855-1860 — vérifié
Le chanoine Jean-Antoine Gal, premier président de l'Académie Saint-Anselme, n'utilise PAS le terme « langue savoyarde » mais « patois » et « langage du pays » pour le vernaculaire valdôtain. La distinction géographique Savoie/Val d'Aoste est maintenue dans ses écrits.
Cette attestation, initialement intégrée au corpus, a été retirée après vérification. Elle illustre la prudence nécessaire dans le travail sur les sources primaires.

Bilan de vérification

52 attestations identifiées sur 10 territoires et 5 siècles. 49 vérifiées (94 %). 1 infirmée (chanoine Gal). 2 en attente : Cavour p. 166 (Archive.org, faisable en ligne) et 3 cotes ASTO précises (consultation sur place à Turin, fonds et inventaires identifiés).

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L. Savioz