La langue savoyarde : fondements historiques et sociolinguistiques d'un glottonyme
Volume 3 — L'analyse : interdisciplinarité, politique et comparaison
VII. La question de la couverture géographique : le « réduit culturel »
Si les attestations historiques plaident en faveur de « savoyard », une objection classique doit être examinée : ce terme ne couvre pas l'intégralité de l'aire linguistique définie par Ascoli. L'objection est recevable sur le plan de la géographie historique. Elle l'est moins sur celui de la réalité sociolinguistique contemporaine.
L'aire linguistique s'étend de Saint-Étienne à Neuchâtel, du Forez aux vallées piémontaises. Mais la vitalité se concentre désormais sur le cœur alpin : les deux Savoie, la Vallée d'Aoste, le Genevois, le Valais, le Bugey, la Bresse savoyarde, la Dombes. Les parlers lyonnais, foréziens, stéphanois sont en situation très critique, les derniers locuteurs étant très âgés.
En stratégie militaire, on appelle réduit la position de repli maximale à partir de laquelle on peut encore se défendre et reconstruire. C'est la situation de la langue savoyarde. Plutôt que de revendiquer un empire linguistique fantôme, il s'agit de nommer et de défendre ce qui existe encore. Ces territoires, y compris la Bresse, le Bugey et la Dombes, sont liés à la Savoie depuis des siècles. On ne les annexe pas à un projet identitaire : on reconnaît une continuité historique et linguistique.
Cette stratégie de concentration sur le cœur vivant existe de facto dans d'autres langues en danger. Le basque a concentré ses efforts de revitalisation sur l'Euskadi espagnol (où il est langue co-officielle) plutôt que sur le Pays basque français où il n'a pas ce statut. Le gallois concentre ses politiques linguistiques sur le nord et l'ouest du Pays de Galles, là où la langue est encore vivante au quotidien, plutôt que de prétendre couvrir l'ensemble du territoire historique galloisophone. Le précédent existe : on peut défendre une langue en concentrant les moyens là où elle vit, sans prétendre couvrir un territoire fantôme.
Et voici le test le plus simple pour comparer les noms. Si vous demandez à quelqu'un dans la rue ce qu'est « le savoyard », il ne parlera peut-être pas immédiatement de la langue, mais il situera la Savoie, les Alpes, une zone géographique cohérente. Si vous dites « francoprovençal », il situera probablement la Provence et le sud de la France, c'est-à-dire une zone qui n'a rien à voir avec l'aire linguistique réelle. Et si vous dites « arpitan », il ne saura même pas si c'est en Europe.
On objectera aussi : « Si la langue s'appelle savoyard, comment l'appelle-t-on quand on est en Savoie ? Le savoyard de Savoie ? » C'est un faux problème. On dit « le français de France », « l'espagnol d'Espagne », « l'anglais d'Angleterre ». Personne ne considère que c'est redondant.
VIII. Éclairages interdisciplinaires : marketing, psychologie cognitive, sémiologie
Les sections précédentes ont documenté le problème et son contexte historique. Il convient à présent de mobiliser les outils conceptuels de plusieurs disciplines pour en comprendre les mécanismes.
En marketing, la malédiction du savoir (curse of knowledge) décrit l'incapacité de ceux qui maîtrisent un sujet à se mettre à la place de ceux qui ne le connaissent pas. Les linguistes qui défendent « francoprovençal » en sont victimes : pour eux, le sens est clair. Pour le public, le mot dit « un mélange de français et de provençal ».
Quatre autres biais verrouillent le statu quo. Le biais des coûts irrécupérables : on a tellement investi dans ce nom (publications, statuts, habitudes) qu'on refuse de changer. La centration produit : nommer la langue selon la logique de la discipline plutôt que selon ce que le public peut recevoir. La communication push : expliquer vingt fois un terme incompréhensible au lieu d'utiliser un terme qui fait déjà sens, ce que les marketeurs appellent le passage du push au pull. Et enfin, le biais de survie institutionnelle : des carrières, des publications, des financements sont construits autour du terme « francoprovençal ». Le changer fragiliserait un écosystème professionnel. On ne défend plus un nom : on défend un modèle économique.
Mais le marketing n'est pas la seule discipline à éclairer ce problème.
En psychologie cognitive, Kahneman et Tversky ont démontré l'effet de cadrage (framing effect) : la manière dont une information est formulée détermine la manière dont elle est perçue, indépendamment de son contenu réel. « Francoprovençal » cadre la langue comme un sous-produit de deux autres langues. Le cerveau ne peut pas « dé-voir » ce cadrage une fois qu'il l'a reçu. Ce n'est pas un problème de bonne volonté ou de pédagogie, c'est un biais perceptuel automatique.
L'hypothèse de Sapir-Whorf, dans sa version faible largement acceptée, va dans le même sens : les catégories que nous utilisons pour nommer le monde structurent notre façon de le penser. On ne peut pas concevoir l'autonomie d'un objet dont le nom est la combinaison de deux autres objets.
En sémiologie, Ferdinand de Saussure (un Genevois) a posé que le lien entre signifiant et signifié est arbitraire. Mais quand un signifiant est un composé transparent comme « franco + provençal », il cesse d'être arbitraire, il devient motivé, et il est motivé dans la mauvaise direction. Un exemple concret de ce phénomène : en Allemagne, le terme Plattdeutsch (littéralement « allemand plat ») pour désigner le bas-allemand a contribué pendant des décennies à dévaloriser cette langue, perçue comme un « allemand aplati » plutôt que comme une langue distincte.
En théorie de l'information (Shannon), un message efficace minimise le bruit. « Francoprovençal » est un signal parasité par deux informations fausses : franco = français, provençal = Provence. « Savoyard » est un signal pur : un mot, un sens, zéro bruit.
IX. La dimension politique de la nomination linguistique
Au-delà des mécanismes cognitifs individuels, la glottonymie relève fondamentalement de la politique linguistique. Pierre Bourdieu parlerait ici de violence symbolique : imposer à un groupe un nom qu'il n'a pas choisi, qui ne le représente pas, et qui le subordonne à d'autres groupes. L'histoire comparée des renommages linguistiques confirme cette dimension politique.
L'histoire des langues montre que le nom fait la langue :
En mars 2023, la Moldavie a voté une loi pour remplacer dans sa Constitution « langue moldave » par « langue roumaine », par 56 voix sur 101[22]. Pendant des décennies, l'URSS avait imposé le nom « moldave » (écrit en cyrillique) pour couper le lien avec la Roumanie. Le renommage a réintégré les Moldaves dans un espace de 24 millions de locuteurs au lieu de les isoler dans un « dialecte » de 3,5 millions[23].
Le luxembourgeois n'est devenu officiellement une « langue » qu'en 1984, par une loi du Grand-Duché. Avant cela : un dialecte allemand. Après : une langue nationale, enseignée, utilisée dans l'administration, marqueur identitaire fort. Ce n'est pas la linguistique qui a tranché, c'est la volonté politique de nommer.
Le macédonien a dû se battre pendant des décennies pour être reconnu comme une langue distincte du bulgare. Le simple fait d'avoir un nom propre a permis la codification, l'enseignement, la reconnaissance internationale.
Le serbo-croate s'est scindé après l'éclatement de la Yougoslavie en serbe, croate, bosniaque et monténégrin. Linguistiquement, c'est la même langue. Quatre noms ont créé quatre identités. Le nom a précédé la différence[24].
Ces renommages ont eu des conséquences mesurables. Le luxembourgeois post-1984 est aujourd'hui enseigné à l'école, utilisé dans les médias, présent dans la signalétique, et constitue le premier marqueur identitaire du Grand-Duché. Le moldave/roumain post-2023 a ouvert l'accès aux manuels, aux formations et aux échanges avec la Roumanie. Dans chaque cas, le nom a déverrouillé des politiques publiques que l'ancien terme empêchait.
La tension sur la dénomination n'est pas récente. Dès les années 1970, en Vallée d'Aoste, le mouvement politique Harpitanya fondé par Joseph Henriet a forgé le terme « arpitan » précisément pour rompre avec « francoprovençal » et affirmer une identité culturelle autonome. Le mouvement a donné naissance à des publications, des associations, un embryon de standardisation graphique. Cette histoire montre que le problème du nom est identifié depuis plus de cinquante ans par les acteurs de terrain, pas seulement par les linguistes. Et que la réponse a toujours été la même : chercher un nom qui fonctionne.
Dans chacun de ces cas : nommer une langue n'est jamais un acte neutre. C'est un acte politique qui détermine sa visibilité, son statut et son développement.
X. L'anomalie typologique : un cas unique en linguistique romane
Le français s'appelle « français ». Pas « gallo-oïlique ». Le catalan s'appelle « catalan ». L'italien s'appelle « italien ». Pas « italo-roman ». L'espagnol, le portugais, le roumain, le breton, le basque, le corse, le romanche, le sarde, le frioulan... Un mot à chaque fois.
Aucune langue vivante au monde ne porte un nom composé de deux autres langues. « Francoprovençal » constitue un cas unique dans l'histoire de la linguistique romane, une anomalie typologique sans équivalent.
Le cas de l'occitan est le plus instructif. Pendant des siècles, les linguistes l'appelaient « provençal », ce qui créait une confusion avec la seule Provence et invisibilisait les locuteurs du Languedoc, de la Gascogne, du Limousin. On a proposé « langue d'oc », « limousin », « languedocien ». C'est le terme « occitan », construit sur oc (attesté depuis Dante au XIIIe siècle), qui s'est imposé. Et c'est ce nom unique qui a permis la reconnaissance institutionnelle, l'enseignement, les Calandretas (écoles immersives), la visibilité médiatique.
On pourrait objecter : « Prenons alors arpitan, comme l'occitan a pris son nom de oc. » Sauf que oc était attesté depuis le XIIIe siècle dans les textes de Dante. Arp est une racine toponymique que personne ne connaît en dehors des spécialistes. « Occitan » avait une résonance culturelle profonde ; « arpitan » n'en a pas encore auprès du grand public. « Savoyard », lui, a cinq siècles d'usage documenté et une résonance immédiate.
XI. Classification scientifique et communication publique : une distinction nécessaire
Personne ne conteste les travaux d'Ascoli. La classification qu'il a établie reste pertinente. Mais une classification scientifique et un nom de communication sont deux choses différentes. Les biologistes parlent de Canis lupus familiaris. Le grand public dit « chien ». Personne ne considère que dire « chien » appauvrit la zoologie.
La bascule a d'ailleurs déjà commencé. En 2010, le SIL International, l'organisme qui gère la norme ISO 639-3 (le standard mondial d'identification des langues), a adopté « Arpitan » comme nom principal de la langue (code frp), reléguant « Francoprovençal » au rang de nom secondaire[25]. Des linguistes professionnels qualifient le terme composé « Franco-Provençal » d'« inapproprié »[26]. L'argument selon lequel on ne peut pas changer un nom scientifique est factuellement faux : c'est déjà fait.
Et « savoyard » n'est pas un néologisme. C'est le nom que les locuteurs eux-mêmes utilisaient, de Chambéry à Genève, de la Bresse à la Vallée d'Aoste, avant qu'un linguiste italien ne décide en 1873 de les ranger sous une étiquette qu'aucun d'entre eux n'a jamais reconnue.
La distinction entre classification scientifique et communication publique est essentielle. Le temps consacré à expliquer qu'un terme ne signifie pas ce qu'il semble dire est du temps qui n'est pas consacré à la langue elle-même, à sa transmission, à son développement.
XII. Évaluation comparative des quatre glottonymes
XIII. Conclusion et perspectives
Toutes les langues vivantes du monde portent un nom unique, simple, compris de tous. Le français s'appelle « français ». L'occitan s'appelle « occitan ». La langue savoyarde mérite, elle aussi, un nom à la hauteur de ce qu'elle est.
« Francoprovençal » cumule les handicaps : confusion maximale, absence de réalité endogène, déclassement en « dialectes » par les dictionnaires de référence, chaos orthographique mondial, nom de travail forgé dans un contexte terminologique qui n'existe plus. Il peut rester dans les bibliographies. Il doit sortir de la communication publique.
« Arpitan » a pour lui l'absence totale d'ambiguïté et la reconnaissance ISO. Mais c'est un néologisme des années 1970, inconnu du grand public. Il ne peut pas être le nom que les gens utilisent dans la rue.
« Patois » est le terme le plus spontanément utilisé par les locuteurs. Mais il ne désigne pas une langue spécifique. Dans les vallées piémontaises, « patois » peut désigner le francoprovençal ou l'occitan. Il ne peut pas servir de nom officiel.
« Savoyard » ou « langue savoyarde » est le terme qui remplit le plus de critères. Compréhension immédiate. Ancienneté de cinq siècles. Zéro confusion. Identification claire d'un territoire et d'une culture. Comme le montrent Scaliger à Genève en 1595, Duret à Onex en 1893, Ritter en 1900, « savoyard » a toujours débordé les frontières politiques de la Savoie.
L'ensemble des données présentées dans cette étude converge vers un constat : parmi les quatre dénominations en usage, le terme « savoyard » est celui qui satisfait le plus grand nombre de critères de fonctionnalité communicationnelle (compréhension immédiate, ancienneté endogène, absence d'ambiguïté, traduisibilité, identification géographique). Il ne s'agit pas de nier la pertinence scientifique de la classification d'Ascoli, ni l'utilité du code ISO « arpitan » dans les bases de données internationales. Il s'agit de reconnaître que le terme employé en communication publique doit obéir à d'autres critères que ceux de la dialectologie comparée.
Limites de la présente étude
Cet article adopte une perspective interdisciplinaire qui, par construction, ne peut prétendre à l'exhaustivité dans chacune des disciplines mobilisées. L'analyse des biais cognitifs repose sur des cadres théoriques généraux (Kahneman, Sapir-Whorf) dont l'application spécifique à la glottonymie mériterait des études expérimentales dédiées. Certaines sources primaires (page de discussion Wikipedia, témoignages de terrain) présentent une robustesse limitée au regard des standards de la linguistique de corpus. Les attestations du glottonyme « savoyard » hors de Savoie, bien que nombreuses, proviennent majoritairement d'observateurs extérieurs et non de locuteurs eux-mêmes, ce qui constitue un biais qu'il convient de reconnaître. Une enquête sociolinguistique de terrain, mesurant la réception effective des quatre glottonymes auprès de locuteurs et de non-locuteurs, constituerait un prolongement naturel de cette recherche.
Bibliographie et sources primaires
[1] Page de discussion de l'article Wikipédia « Francoprovençal », contribution de l'utilisateur Segognat (janvier 2007), rapportant le « repas provençal » de l'Association des Amis du Francoprovençal en Lyonnais et la confusion du ministre de l'Éducation nationale. Citation de l'AES (Marc Bron) dans l'article principal. fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Francoprovençal
[2] France Bleu, « Langue régionale : pourquoi le francoprovençal porte un nom trompeur », septembre 2024.
[3] G. Tuaillon, cité dans le catalogue de l'exposition Nommer sa langue, nommer le monde, Centre d'études francoprovençales, 2017-2018, et dans N. Bichurina & C. Dunoyer, Le francoprovençal en Savoie, Dossiers du Musée Savoisien, 7-2021.
[4] Centre d'études francoprovençales « René Willien », Nommer sa langue, nommer le monde, catalogue d'exposition, Musée Cerlogne, Saint-Nicolas, 2017-2018. Textes de F. Armand, N. Bichurina, C. Dunoyer.
[5] Treccani, Enciclopedia Italiana, entrée « franco-provenzale ». treccani.it
[6] Recherche Perplexity sur les problèmes d'orthographe et de terminologie du francoprovençal dans la littérature académique (document fourni par l'auteur).
[7] Wikipedia « Faetar » : « provient de l'émigration de populations venant de l'aire linguistique francoprovençale, en particulier du duché de Savoie, au XIVe siècle ». M. Melillo, spécialiste de ces enclaves.
[8] La Renaissance Française, « L'Université Francophone de l'Italie du Sud (UFIS) ouvrira ses portes le 14 juillet », 2014. larenaissancefrancaise.org
[9] G. Agresti, « L'enjeu de l'identité linguistique dans l'île francoprovençale des Pouilles », Lengas, n°79, 2016. journals.openedition.org/lengas/1011
[10] A. Bétemps (1978), cité dans N. Bichurina & C. Dunoyer, Le francoprovençal en Savoie, Dossiers du Musée Savoisien, 7-2021, p. 16.
[11] J. Henriet, La lingua arpitana (francoprovenzale): Con particolare riferimento alla lingua della Val di Aosta, Romano Canavese, Ferrero, 1976.
[12] G. I. Ascoli, « Schizzi franco-provenzali », Archivio Glottologico Italiano, n°3, 1878, p. 61-120. Citation originale en italien : « Chiamo franco-provenzale un tipo idiomatico, il quale insieme riunisce, con alcuni suoi caratteri specifici, più altri caratteri, che parte son comuni al francese, parte lo sono al provenzale... »
[13] Revue transatlantique d'études suisses, 2, 2012. llm.umontreal.ca/public/FAS/llm/Documents/2-Recherche/le_francoprovencal.pdf
[14] N. Bichurina, « Baptêmes d'une langue ou un peu de magie sociale dans le passé et dans le présent ("Francoprovençal" – "Arpitan" – "Savoyard") », Cahiers de l'ILSL, n°52, 2017.
[15] N. Ansaldi, Construction et actualité d'une identité anti-indoeuropéiste : la théorie de Nikolaï Marr face à celle d'Antoine Meillet, mémoire M2, Université d'Aix-Marseille, 2025.
[16] M.-C. de Buttet, Apologie pour la Savoie contre les injures et calomnies de Barthélémy Aneau, Lyon, 1554. Analyse disponible sur le site de l'Institut de la Langue Savoyarde.
[17] G. Tuaillon, « Comment parlaient et écrivaient les Savoyards au cours des siècles », conférence au château d'Avully en Chablais, 18 février 1996. Publié dans Nouvelles du Centre d'études francoprovençales, n°36, 1997, pp. 67-82. Tuaillon mentionne p. 75 que « les Sénateurs de Genève débattaient encore en patois, à la fin du XVIe siècle, malgré la présence d'un célèbre voyageur étranger » (allusion à J. J. Scaliger, nom non écrit en toutes lettres). Concept de « connivence linguistique » défini p. 70.
[18] C. Barbier, O. Frutiger, J. Mussard, La conspiration de Compesières, poème en dialecte savoyard de 1695, La Salévienne, 1988.
[19] V. Duret, Grammaire savoyarde, Berlin, Eduard Koschwitz, 1893. Basée sur le patois d'Onex (Genève).
[20] E. Ritter, « La chanson de l'Escalade en langage savoyard », 1900.
[21] A. Constantin, J. Désormaux, Dictionnaire savoyard, Société florimontane, Annecy, 1902.
[22] Le parlement moldave a voté le 2 mars 2023 le remplacement de « langue moldave » par « langue roumaine » dans la Constitution, par 56 voix sur 101.
[23] Loi du 2 mars 2023 modifiant la Constitution de la République de Moldavie, remplaçant « langue moldave » par « langue roumaine », adoptée par 56 voix sur 101.
[24] J. F. Bailyn, « To what degree are Croatian and Serbian the same language? », Journal of Slavic Linguistics, 18(2), 2010, p. 181-219.
[25] SIL International, ISO 639-3, code frp : nom principal « Arpitan », nom secondaire « Francoprovençal ». Basculement effectué en 2010.
[26] D. Dalby, Linguasphere Observatory, 1999/2000, p. 402 : le terme « Romand » est utilisé par des linguistes professionnels qui considèrent « Franco-Provençal » comme « inappropriate ».
[27] Statuts d'associations au Journal Officiel : Savoué Ecula 2 (W743001819, 2013), Lou Baboli d'Marnaz (W742007297, 2019), Lou Patois Revin (W382001612, 2015), Jumelage Oyace–La Forclaz (W744007196, 2024), Les Amis du Vieux Saint-Priest (2002), Langue et littérature d'oc (1964). Recherche via journal-officiel.gouv.fr.
[28] N. Bichurina, Trans-border communities in Europe and the emergence of "new" languages: From "Francoprovençal patois" to "Arpitan" and "Arpitania", thèse de doctorat, Université de Perpignan / Université de Bergame, 2016.
[29] Mouvement Harpitanya (fondé par J. Henriet, Vallée d'Aoste, années 1970), à l'origine du terme « arpitan » et de la revendication d'une identité culturelle distincte du domaine francophone. Cf. Bichurina 2016/2017 et Ansaldi 2025.
[30] Dénominations historiques et représentations sociolinguistiques de la langue savoyarde (francoprovençal) à travers ses territoires transnationaux, document de synthèse compilant les sources sur les endonymes par territoire (Genève, Vallées de Lanzo, Vallée d'Aoste, Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Suisse romande).
[31] Les Dénominations historiques du domaine francoprovençal : typologie et évolution des glottonymes « savoyard » et « savoisien » avant 1873, recherche documentaire compilée en mars 2026. Sources primaires : N. Martin, Les Noelz & Chansons (Lyon, Macé Bonhomme, 1555, HathiTrust) ; J.J. Scaliger, Scaligerana (1572) ; Histoire de la miraculeuse délivrance de Genève (Amsterdam, 1726) ; Ch. Pictet de Rochemont, pamphlets électoraux (Genève, 1793) ; J.-J. Champollion-Figeac, Nouvelles recherches sur les patois (Paris, 1809) ; Ph.-S. Bridel, Glossaire du patois de la Suisse romande (1866) ; archives départementales du Rhône.
[32] « La moquerie patoise au XVIIe siècle à travers quelques textes francoprovençaux », Le Monde alpin et rhodanien, 1988 (Persée). Mentionne des pièces comiques « écrites dans ce même dialecte savoyard » entre 1594 et 1604, « probablement imprimées à Lyon ». persee.fr/doc/mar_0758-4431_1988_num_16_3_1393
[33] Étude sur la genèse, le patronage et les circuits de diffusion de l'œuvre de Nicolas Martin (1555), recherche documentaire compilée en mars 2026. Sources : Enssib (thèse sur Macé Bonhomme) ; Mémoires de l'Académie de Savoie ; Data BNF ; Wikipedia « Nicolas Martin (musicien) » ; Presses universitaires du Midi (OpenEdition).
[34] M. Meune, « Du patois à l'"harpetan", entre (petite) patrie et nation imaginée : le discours sur le francoprovençal dans le Journal de Genève (1826-1998) », International Journal of the Sociology of Language, n°249, 2018. Également : J. Gilliéron, Petit Atlas phonétique du Valais roman (sud), Paris, Champion, 1881.
[35] Sources pour la Vallée d'Aoste (Académie Saint-Anselme) : C. Promis, Le antichità di Aosta, in Memorie della Reale Accademia delle Scienze di Torino, série II, tome IV, 1841, p. 119 (note 101 : « in dialetto savoiardo si dicono Crau », vérifié) ; BASA, vol. XXI, p. 20-21 (pièce sur Bernard d'Aoste qualifiée de « savoyarde », faussement attribuée à Richard de Valdisère, vérifié) ; BASA, Nouvelle série, II (1987), pp. 3-24 : G. Tuaillon, « Noëls et chansons en français et en patois savoyard publiés à Lyon en 1555 », édition critique de Nicolas Martin (vérifié, Cordela + Archives Varia carton 27) ; Abbé J. Trèves, Lettres à Félicien Gamba, Région Autonome Vallée d'Aoste, p. 50 (citation vérifiée : « Si tu as des livres traitant le patois savoyard ou valaisan, pourrais-tu me les prêter ? Le Dictionnaire de Désormeaux, etc. ? Après y avoir donné un coup d'œil, je le passerai à mon Dictionnariste Emarèsot. ») ; C. Cavour, Nuove lettere inedite, p. 166 (Archive.org).
[36] L. Terreaux, président de l'Académie de Savoie (depuis 1975) et membre de l'Académie Saint-Anselme d'Aoste. Discours de réception de J.-C. Perrin, Mémoires de l'Académie de Savoie, série 8, tome 12 (vérifié) : concept de « connivence linguistique » et de « langue savoisienne » pour l'ensemble des parlers gallo-romans des États de Savoie, incluant le valdôtain. Note : Terreaux n'est PAS mentionné dans le bulletin n°36 du Centre d'études FP (1997). G. Tuaillon, conférence au château d'Avully, 1996, Nouvelles du Centre d'études FP, n°36, 1997, pp. 67-82 : utilise « patois savoyards » et « francoprovençal », PAS « langue savoisienne ». Définit « connivence linguistique » p. 70 (citation vérifiée).
[37] Sources pour la Bresse et le Bugey : Farce joyeuse et récréative de Poncette et de l'amoureux transy (Lyon, Jean Marguerite, 1595, 10 p.), « Le tout mis en rithme Savoyarde » (Bibliothèque dramatique de Soleinne, tome II, p. 7, vérifié) ; Discours de deux Savoyards, l'un charpentier et l'autre tailleur (Lyon, 1604, in-8, 12 pp.), « cartels de deffi en rithme savoyarde » (Soleinne, n°4439, vérifié) ; Le plaisant prologue d'un cuisinier savoyard (Lyon, 1604, vérifié) ; Discours véritable d'un usurier de Rumilly en Savoye (1604), « complainte en rime savoyarde » (vérifié) ; Ph. Le Duc, Chansons et lettres patoises (1881), pp. 286-315 (Étude sur le patois du pays de Gex) : « Le patois savoyard a la même forme du participe présent » — analyse du participe en -an (segan, tegan), vérifié (Archive.org) ; Enquête Coquebert de Montbret (1807) ; C. Jarrin, La Bresse et le Bugey : leur place dans l'histoire, tome II, 1884, p. 437 : « L'heure n'est pas lointaine où notre maître savoyard nous paraîtra un étranger » (vérifié).
[38] Sources pré-1860 pour la Vallée d'Aoste (Archivio di Stato di Torino) : rapport militaire 1793, « lingua savoiarda » (fonds Materie Politiche, inv. 169.1) ; rapports Intendance d'Aoste v. 1835, « dialetto savoiardo » (fonds Intendenza) ; inspecteurs scolaires Collège Saint-Bénin, « idiome savoyard » (fonds Pubblica Istruzione, inv. 296) ; J. de Maistre, Lettres d'un royaliste savoisien (1793). Note : Le chanoine J.-A. Gal, premier président de l'Académie Saint-Anselme (1855), n'utilise pas le terme « langue savoyarde » mais « patois » et « langage du pays » pour le vernaculaire valdôtain. La distinction géographique Savoie/Val d'Aoste est maintenue dans ses écrits (vérifié).
[39] Sources pour les vallées piémontaises : archives de la Novalaise, « savoiardo-delfinali » (XIIIe s.), in Actes de la conférence annuelle, Centre d'études francoprovençales, 2021 ; Segusium, n°47, 2008 et n°53, 2014 (châtellenie savoyarde de Suse) ; B. Biondelli, Saggio sui dialetti gallo-italici, Milan, 1853, p. 511 (Lanzo comme zone de transition) ; T. Telmon et N. Regis, travaux sur le francoprovençal piémontais (ALEPO / IRIS-AperTO, Université de Turin).
[40] Enquête Coquebert de Montbret (1806-1812) : S. Ködel, Die Enquête Coquebert de Montbret, thèse, Université de Bamberg, 2013 (p. 246 pour le département du Pô). Archives nationales, série F/17/1209 (échantillons linguistiques) ; F/20/134, f. 219 (correspondances Geymet et de Solère) ; BNF, NAF 5910. ASTo, fonds « Archivio del Governo francese ». De Solère (sous-préfet de Suse, 16 déc. 1807) : division linguistique de la vallée. Préfet de la Doire : « savoyard » pour les parlers montagnards.
[41] Ch. Pictet de Rochemont, Dialogue sur l'Assemblée nationale entre Jaquet & Jean-Marc, Genève, janvier 1793, en « langage savoyard » (4 pages). Archives d'État de Genève, Ms hist. 996 ; Coll. Girod 173. Analyse : R. Merle, L'écriture des « patois », 1991 ; OpenEdition, siecles/3016 (vérifié).
[42] J. Humbert, Nouveau glossaire genevois, Genève, Jullien Frères, 1852. Entrée « Aglan » : « Terme savoisien, méridional et vieux français ». Entrée « Aglétir » : savoyard, Jura et vieux français. Project Gutenberg #41843 (vérifié).
[43] T. Telmon, Piemonte e Valle d'Aosta, Laterza, 2001. Telmon (1994) : les locuteurs de Lanzo, Coazze et Ronco Canavese désignaient leur parler comme « savoiardo » (vérifié). ALEPO : 42 points d'enquête, cartes d'isoglosses, plus de 1 000 heures d'ethnotextes. A. Genre & L. Artusio, Dizionario di Coazze, Turin, 1982.
[44] Dialogue en rythme françoise et savoysienne, attribué à J.P.A., VI personnages dont la chambrière Zophyze en patois savoyard. Réimpressions : Techener (1856), Jules Gay (1863, 100 ex.). Archives départementales du Rhône, Série E et Bibliothèque d'étude. Cote ASTO pour 1793 : « Francia mazzo 3 di addizione » (1711-1794), inventaire 169.1 (vérifié).
Annexe : exemples de confusions documentées
Le « repas provençal »
Sur la page de discussion de l'article Wikipédia « Francoprovençal », un contributeur rapporte que l'Association des Amis du Francoprovençal en Lyonnais s'est vu préparer un « repas provençal » lors d'une prise de contact dans les Monts du Lyonnais pour organiser une fête de la langue (Discussion:Francoprovençal, Wikipédia, contribution Segognat, 2007). Cet exemple illustre le mécanisme de confusion décrit dans les sections II et III : le composé « francoprovençal » est spontanément interprété comme désignant le provençal.